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Article paru le 04/12/2001
Les étrangers investissent dans le vignoble gaillacois

Les étrangers sont de plus nombreux à venir s'installer dans le vignoble gaillacois. Ils sont attirés par la qualité de vie et les prix intéressants.

L'arrivée d'investisseurs européens est un atout pour faire connaître les vins de Gaillac.

Des Ecossais, des Suisses, un Suédois, un Danois, des Allemands, ………..... 150 HECTARES C'est la surface totale exploitée par des vignerons étrangers (9) dans le Gaillacois.

Le vignoble gaillacois poursuit une internationalisation entamée dans les années 1980 avec les achats d’une famille Allemand. Il y a pourtant une différence entre ceux qui investissent tout en continuant de résider à l'étranger où ils exercent leur activité principale ou ceux qui ont décidé de s'investir plus encore en venant vivre et travailler ici.

Chris Saville, Alistair Moon et Martin Stamm font partie de ces étrangers naturalisés vignerons et admis par la profession non par le carnet de chèques mais par la sueur et le cal dans les mains. Qu'est-ce qui les a amenés à Gaillac et à la vigne? Pour les deux premiers, des Londoniens, une envie de vivre ailleurs et autrement. Chris en avait assez de la city et des fonds de pension: il aimait le vin et le grand air. Why not Gaillac? « C'était peu connu mais pas cher ». Il ne savait rien de la vigne ni de la cave: il a appris avec l'aide d’ un voisin. Alistair et Elizabeth Moon cherchaient la qualité de vie: ils ont trouvé le château de leurs rêves à Sénouillac mais avec 18 ha de vigne autour. Sans aucune formation, mais avec un ouvrier, Alistair s'est fait vigneron. Liz continue d'assurer avec son job de consultante en management qui l'amène tous les mois en Europe centrale ou à Bruxelles.

Pour Martin Stamm, de Berne, le chemin est différent: il était déjà dans le vin, diplôme de viti-oeno, et rêvait d'un domaine en Suisse, j’avais un demi-hectare ». A Gaillac, il en a douze et se lance dans la mise en bouteilles, dix ans après son installation. Pas cher, Gaillac, c'est le leitmotiv, comme le discours sur l'accueil, toujours très enthousiaste. Tous ont rencontré de l'aide et de la bonne volonté, même si, pour Martin Stamm, il y a d'abord eu une phase d'observation. « J'étais le Suisse. On me regardait du coin de l'oeil pour voir comment j'entretenais mes vignes ».

UNE AUTRE APPROCHE

Qu'ont-ils amené au vignoble? Leur modestie leur interdit d'en rajouter. Martin Stamm se risque. « Peut-être une ouverture. On fait rentrer plus facilement dans la maison. On ne discute pas devant la porte ». BERNARD PETIOT, Bernard Petiot est directeur de la maison du vin, résume cet apport par une formule ramassée: un regard différent, une autre culture. Et par leurs réseaux de relations, un vecteur de notoriété à ne pas négliger. La vie de vigneron gaillacois correspond- elle à l'idée qu'ils s'en faisaient: oui pour Martin Stamm, pas tout à fait pour Chris Saville et Alistair Moon. « On était naïf, dit Chris, on ne se doutait pas qu'il faut travailler 25 heures par jour et 370 jours par an ». Il a vendu une partie du domaine pour ne garder qu'un hectare, ce qui fait de lui le plus petit vigneron gaillacois mais il vit sa passion. Il met en bouteilles et vend « en Angleterre bien sûr ». Alistair Moon a découvert aussi que la terre est basse mais il s'est accroché depuis trois ans. Sa fierté? Sa bouteille est en place dans des restaurants gaillacois et albigeois. Et si c'était à refaire? Tous en chœur et en français. « On recommencerait ».

Jean-Marie Bézios, Jean-Marie Bézios est président du syndicat de l'AOC Gaillac. : « Ils apportent une dynamique commerciale »

Pourquoi les étrangers investissent dans le vignoble?

Les efforts consentis, depuis 20 ans, par le vignoble lui confère une notoriété, une reconnaissance. Gaillac est aujourd'hui sollicité par les personnes qui souhaitent acheter de la vigne.

Ces arrivées dans le Gaillacois sont-elles positives?

En 60-62, l'arrivée des pieds-noirs a fait bouger les choses. Notamment dans le domaine de la culture avec la mise sur fil des vignes, la mécanisation, etc. Depuis cette dernière décennie, le vignoble s'est européannisé voire au delà. L'objectif du vignoble est de conserver sa taille avec 9000 hectares. Avec 1/3 d'AOC, 1/3 de côtes du Tarn et 1/3 de vin de table. On ne veut plus arracher, décapitaliser. En dix ans, on a multiplié par trois la production avec 180.000 hectolitres aujourd'hui. L'ambition est de développer la valeur ajoutée et la locomotive du vignoble: l'AOC. L'évolution se fait avec les autochtones et les nouveaux investisseurs. Ces derniers ont amené des devises dans l'aire de production. Ils ont investi dans l'outil technique pour être performant. Par ailleurs, ils arrivent avec des débouchés commerciaux tissés dans leur pays d'origine. Ils procédent aussi à des restructurations des domaines et affichent une volonté rapide de produire de l'AOC. Il n'y a pas de note négative dans ce cadre d'évolution. Maintenant, une personne qui arrive dans le Gaillacois a des devoirs. Il doit respecter le décret des AOC. Et se familiariser avec les cépages locaux.

Exercez-vous un contrôle des installations?

Sur le foncier. Il y a un compromis à trouver entre les gens du pays, notamment les jeunes qui souhaitent agrandir leur domaine pour le rendre viable et les investisseurs étrangers. Il est convenu que tout exploitant qui a atteint une certaine surface, s'il souhaite acquérir d'autres parcelles est soumis à l'autorisation de la commission départementale des structures. En général, la négociation aboutit toujours à un consensus.

Tout le monde va dans le même sens…..

Je me félicite que notre vignoble suscite un engouement pour des investisseurs étrangers. Tous ensemble, nous allons accroître la notoriété du vignoble et développer l'aspect commercial... Aujourd'hui, 1000 ha de côtes du Tarn peuvent basculer en AOC. Nous deviendrions alors le premier producteur d'AOC, en volume, du sud-ouest.